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Origine France Garantie, EPV, B Corp, Optic For Good : que valent ces labels ?

Quatre labels reviennent souvent en lunetterie. Voici ce qu'ils certifient vraiment, leurs limites, et comment les lire intelligemment.

Origine France Garantie, EPV, B Corp, Optic For Good : que valent ces labels ?

Pourquoi les labels comptent — et pourquoi ils ne suffisent pas

Devant une vitrine d'opticien, le client lit des étiquettes. "Origine France Garantie". "EPV". "B Corp". "Optic For Good". Chacun est censé être une preuve de quelque chose. Mais de quoi, exactement ? Les quatre labels les plus courants en lunetterie ne couvrent pas du tout la même chose, ne reposent pas sur la même rigueur d'audit, et n'engagent pas les marques de la même manière.

Comprendre ce que chaque label garantit permet de lire une vitrine avec un peu plus de discernement — et d'éviter le double piège qui guette le client : se fier aveuglément au logo, ou au contraire balayer tous les labels d'un revers de main.


Origine France Garantie (OFG) : le seul qui garantit l'origine

C'est probablement le label le plus reconnu du grand public. Lancé en 2010 par l'association Pro France, sous l'impulsion notamment d'Yves Jégo, il a été créé pour combler un vide : la mention "Made in France", encadrée par le Code des douanes, n'imposait pas un audit indépendant et restait largement déclarative.

Ce que garantit OFG

1. Lieu de transformation. Le produit doit avoir pris ses caractéristiques essentielles en France. 2. Pourcentage de coût français. Entre 50 % et 100 % du prix de revient unitaire doit être réalisé en France (matière, main-d'œuvre, outillage, énergie, sous-traitance). 3. Audit tiers indépendant. Vérification par des organismes certificateurs externes (Bureau Veritas notamment), avec contrôle annuel.

Pour une monture, cela signifie en pratique : conception, coupe, polissage, cintrage, rivetage, assemblage final en France. Le matériau de base (acétate, métal) peut venir de l'étranger, mais l'essentiel de la valeur ajoutée doit être français.

Les limites

OFG ne dit rien sur :

  • la qualité du produit (un objet OFG peut être moyen) ;
  • l'impact environnemental (le label n'est pas écologique) ;
  • les conditions sociales au sein de l'entreprise (pas un label social) ;
  • la provenance des matières premières (le coton de l'acétate Mazzucchelli reste italien, par exemple).

OFG répond à une question précise : où le produit a-t-il été fabriqué ? Pas à est-ce un bon produit ?

En lunetterie

OFG est très présent dans le Jura, où plus de 50 entreprises rassemblées sous le syndicat des Lunetiers du Jura produisent 2,5 millions de montures par an (78 % de la production française). Beaucoup, sans être tous, sont labellisés OFG : Lafont, Vuillet Vega, Roussilhe, Henry Jullien, et bien d'autres ateliers.


EPV : le label du savoir-faire de longue durée

L'Entreprise du Patrimoine Vivant est un label d'État, attribué par le ministère de l'Économie sur dossier et instruction par l'Institut Supérieur des Métiers (ISM). Créé en 2005, il distingue des entreprises françaises qui démontrent un savoir-faire artisanal et industriel d'excellence.

Ce que garantit EPV

  • Ancienneté du savoir-faire dans l'entreprise (souvent plusieurs décennies, voire un siècle) ;
  • Maîtrise rare d'un procédé ou d'une technique ;
  • Ancrage territorial fort (l'activité s'inscrit historiquement dans une région) ;
  • Capacité à transmettre ce savoir-faire (formation, apprentis, continuité).

Le label est attribué pour 5 ans renouvelables.

Les limites

EPV ne garantit pas :

  • l'origine complète française du produit (une partie peut être importée) ;
  • le prix ou la gamme (un EPV peut faire du haut de gamme comme du milieu de gamme) ;
  • une démarche environnementale spécifique.

C'est un label de prestige et de patrimoine, plus que de critères vérifiables ligne à ligne sur un produit.

En lunetterie

Plusieurs lunetiers du Jura sont labellisés EPV. C'est en général un signal très fiable : si une entreprise a obtenu EPV, son ancrage territorial et la rareté de son savoir-faire sont audités. Pour une monture acétate haut de gamme, voir EPV affiché est un bon repère.


B Corp : la certification globale d'entreprise

B Corp est différent dans sa logique. Ce n'est pas un label produit. C'est une certification d'entreprise, attribuée par l'organisation B Lab (basée aux États-Unis, présente en Europe). Lancé en 2006, B Corp évalue l'ensemble du fonctionnement d'une société, pas un produit en particulier.

Ce que garantit B Corp

L'évaluation porte sur cinq dimensions :

  • Gouvernance (transparence, mission, éthique) ;
  • Salariés (rémunération, conditions de travail, formation, diversité) ;
  • Communauté (impact local, fournisseurs, inclusion) ;
  • Environnement (énergie, déchets, supply chain) ;
  • Clients (qualité du produit, service, transparence).

Une entreprise doit obtenir un score minimal sur un questionnaire de plusieurs centaines de critères, et fournir des preuves vérifiées par B Lab. Le statut est renouvelable tous les 3 ans, avec recertification.

Les limites

  • C'est un label généraliste : il ne dit pas grand-chose de spécifique sur une monture donnée ;
  • Le score n'est pas public dans le détail ;
  • Une entreprise B Corp peut avoir des produits de qualités variables ;
  • Le label a été critiqué ces dernières années pour avoir certifié de très grandes entreprises au profil discutable, ce qui a poussé B Lab à durcir les critères en 2024-2025.

En lunetterie

Quelques marques de lunettes en France et à l'international sont B Corp : Sea2See (espagnole, plastique marin recyclé), Dick Moby (Pays-Bas), Pala Eyewear (UK). En France, le label progresse mais reste minoritaire dans le secteur.

C'est un signal sérieux sur la démarche globale d'une marque, mais à compléter avec des informations sur le produit lui-même.


Optic For Good : le seul label sectoriel

Créé plus récemment par Carole Riehl, Optic For Good est la première appellation spécifique à la lunetterie. Le secteur n'avait pas de label dédié — Optic For Good a été conçu pour combler ce vide.

Ce que garantit Optic For Good

Le label repose sur une charte signée par les marques labellisées, audités sur :

  • la transparence sur l'origine des matières et de la fabrication ;
  • la réduction d'impact environnemental documentée ;
  • la logique zéro déchet sur tout le cycle de vie ;
  • depuis 2024, l'analyse de cycle de vie (ACV) complète, désormais ouverte aux marques candidates.

Il existe deux déclinaisons : une certification marques (international) et une version opticiens (en France), avec des critères propres pour les magasins.

Les limites

  • Label récent (encore en construction de notoriété) ;
  • Nombre de marques labellisées encore limité ;
  • L'audit ACV demande un investissement important, ce qui exclut de fait les très petites structures ;
  • Pas encore de reconnaissance grand public comparable à OFG.

En lunetterie

C'est le label le plus pertinent pour évaluer une démarche écoresponsable spécifique au secteur. Quand une marque est Optic For Good, cela signifie qu'elle a accepté un audit thématique précis, pas une démarche RSE généraliste.


Comment lire ces labels intelligemment

Aucun de ces labels n'est suffisant pris isolément. Voici comment les combiner.

Vous cherchez... Le label pertinent
Une monture vraiment fabriquée en France OFG
Un savoir-faire artisanal historique EPV
Une marque dont la démarche globale est solide B Corp
Une approche écologique propre à la lunetterie Optic For Good

Le cumul est le meilleur signal : une marque OFG + EPV + Optic For Good a documenté son origine, son savoir-faire et sa démarche environnementale. C'est rare, mais ça existe.

À l'inverse, un produit sans aucun label n'est pas forcément mauvais. Beaucoup de petites maisons artisanales ne demandent aucun label par choix de coût ou de simplicité.


Les labels et le bon sens

Un label n'a de valeur que si :

  • il répond à une question précise (origine, savoir-faire, environnement, RSE globale) ;
  • il repose sur un audit indépendant publié et renouvelé ;
  • il est affiché clairement sur le produit ou le packaging ;
  • il n'est pas le seul argument mis en avant.

Une monture qui n'a que le label comme argument doit être suspecte. Une monture qui a un label cohérent, un fabricant nommé, une histoire transparente et un opticien capable d'expliquer : voilà la combinaison qui fait sens.

Les labels sont des outils. Ils ne remplacent pas le dialogue avec un professionnel. Mais ils donnent au moins une base vérifiable pour partir d'autre chose qu'un slogan en vitrine.

Voir les professionnels qui affichent des éléments vérifiables →

Auteur

Marianne Goutoule

Opticienne et fondatrice d’ÉthiqueOptique

Marianne Goutoule publie sur ÉthiqueOptique des guides et analyses sur les opticiens indépendants, les montures responsables et la transparence dans l’optique.